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Les Paniers Verts — La pépinière du potager

L’assolement d’un grand potager

par Kristian le 16 février 2010, 23:14 · 4 comments

Cette année on a la chance immense d’agrandir notre ferme grâce à un grand terrain de 5,5 hectares où nous ferons pousser plein de bons légumes! Un terrain que nous convertirons dès cette année vers le biologique, bien sûr.

Ce qui nous oblige de fignoler un nouveau plan d’assolement. Et comme parmi nos lecteurs se cachent beaucoup de potagistes, je me suis dit que cela intéresserait certains d’entre vous de connaître comment nous gérerons cet assolement dans notre ferme où tout est strictement naturel et où l’apport de fumier est géré au plus juste.

Qu’est-ce que l’assolement?

L’assolement, qu’on appelle aussi rotation des cultures, c’est la division du jardin en morceaux plus ou moins égaux sur lesquels on fera se succéder les cultures au gré de leurs besoins et de leur compatibilité.

C’est une technique ancestrale qui permet d’éviter la succession, au même endroit, de cultures ayant les mêmes besoins (dans ce cas, elles épuisent le sol) ou les mêmes ennemis (dans ce cas, elles permettent à ces indésirables — maladies, insectes nuisibles — de se développer plus facilement). En alternant et en déplaçant les cultures, on contrarie la prolifération de nuisibles, et on équilibre mieux la consommation des ressources par les cultures.

Bien sûr, il y a d’autres méthodes: les cultures associées, dont la méthode Gertrude Franck, la permaculture… Mais l’assolement est l’une des plus simples, des plus anciennes et des plus répandues. Et qui est, de plus, adaptable à des superficies importantes.

L’assolement dans le potager

L’assolement le plus connu — et sans doute le plus ancien — est triennal: on divise le jardin en trois grandes parties, où l’on groupe les légumes qui:

  1. ont les plus grands besoins de fumure;
  2. préfèrent une fumure résiduelle;
  3. se contentent d’une terre plus pauvre.

Chaque légume revient à la même place après 3 ans. C’est un bon début, mais c’est un cycle un peu court dans beaucoup de cas. Par exemple, la famille des brassicacées ne devrait jamais revenir à la même place avant 4 ans pour mettre toutes les chances de notre côté dans la lutte préventive contre la hernie du chou.

Dans le jardin, l’assolement le plus répandu est de 4 ans. En surfant, on rencontrera de nombreux types de successions de culture sur 4 ans. Les années précédentes, nous avions opté pour:

  1. La tête de rotation: pommes de terre, bettes, épinards. Ce sont les légumes qui préfèrent une abondante fumure fraîche;
  2. Légumes racines: alliacées (oignons, échalotes…), apiacées (carottes, persil tubéreux, panais, rutabagas…)
  3. Légumineuses: haricots, fèves des marais…
  4. Légumes feuilles, qui n’ont que des besoins limités hormis une présence d’azote directement assimilable, qu’apporteront les légumineuses cultivées précédemment.

Avec les paniers de légumes, nous avons des besoins très variés, et la plus grande difficulté était de répartir les surfaces compte tenu de ce que nous espérons distribuer dans nos paniers.

Tout d’abord, il faut se mettre dans des conditions propices à la réflexion:
Elaboration du plan de culture aux Paniers Verts
Sur ce précieux document d’archive, l’observateur attentif relèvera la présence de:

  • Des restes de pizza maison, témoins de l’âpreté de la tâche;
  • Le bloc-notes de Valérie (à moins que ce soit son ordinateur, elle se sert des deux de la même façon alors à la fin on ne sait plus trop);
  • L’ordinateur de Valérie (à moins que… vous aurez deviné);
  • Quelques délicieuses poires du Verger de Temploux, apport judicieux de bonnes vitamines en cette saison de grands froids;
  • Les restes de plusieurs cafés;
  • L’absence notoire de bière du pays, en l’absence de laquelle le courageux cultivateur essayera tout de même de produire un travail acceptable;
  • Une curieuse collection de petites bandelettes suspectes.


Chacune de ces bandelettes représente les deux saisons (printemps-été et automne-hiver, comme chez les couturiers) d’une sole de notre (grand) jardin. Donc ici nous avons décidé de faire se succéder les légumes non pas sur 4 années mais sur 7.
Pourquoi ce choix? Parce que la production variée de légumes aux Paniers Verts le permet, mais aussi pour éviter absolument que la famille des carottes et celle des choux ne se succèdent à elles-mêmes trop rapidement. En effet, en bio, pour éviter la mouche de la carotte, celle du navet, et la hernie du chou (et plein d’autres empêcheurs de cultiver en rond), mieux vaut éviter qu’elles n’apparaissent!

On peut créer autant de soles que nécessaire. Nous en avons découpé 7 parce que cela nous permet de produire nous-mêmes la plupart des pommes de terre qui entreront dans les paniers (notre culture la plus gourmande en place). Ici, on aura pour chacune des soles 14 bandes de culture larges de 1M50 sur 300 mètres de long. Soit environ 75 ares par sole. Un beau grand potager, quoi!

Ensuite, on cherche le meilleur ordonnancement de ces soles, et on les fixe.
Plan d'assolement 2010, Les Paniers Verts, Bornival

Et voici en détail:

  1. Pommes de terre. Elles occupent la tête de rotation. C’est sur cette première sole qu’on épandra du fumier bien composté, au début du printemps, à raison d’environ 400kg par are. Les pommes de terre sont une culture très nettoyante: avec elles, les mauvaises herbes n’ont aucune chance. Après la récolte, on applique une nouvelle fois du fumier mais en doses plus légères, et les pommes de terre sont remplacées par des engrais verts tardifs. Dans les champs, on voit souvent de la moutarde mais comme nous cultivons aussi des choux, pour éviter la répétition des brassicacées, nous n’en utiliserons pas. Selon la saison, nous sèmerons un mélange de phacélie et de seigle d’hiver: celui-ci nous amènera jusqu’au printemps suivant.
  2. Alliacées. Il s’agit essentiellement d’oignons blancs, d’oignons rouges et d’échalotes de semis. Une famille qui se satisfait pleinement d’une arrière-fumure. Ici aussi, après la récolte, on sèmera un engrais vert composé essentiellement de phacélie et de seigle d’hiver.
  3. Légumineuses. La sole la moins peuplée, semée de haricots mangetout, de fève des marais et de haricots à couper. Ici, on n’occupe qu’une dizaine d’ares sur les 75 disponibles. Qu’à cela ne tienne, le reste de la sole sera également semée de légumineuses, mais en engrais verts, avec un mélange de trèfle incarnat, de vesce et peut-être de daïkon (même s’il s’agit d’une brassicacée). La couverture de ces espèces combinées, étouffante, nettoiera le terrain après la culture des alliacées. Le trèfle incarnat monte haut: 75cm. Il fera un excellent support pour la vesce qui l’escaladera. Les longues racines du daïkon agirnt comme une multitude de petites tarières pour travailler le terrain en profondeur. Cette parcelle sera fauchée en seconde moitié de saison et on y sèmera, sans aucun travail du sol, des céréales d’hiver, qui recycleront la matière organique disponible pour la saison suivante.
  4. Feuilles. Scaroles, laitues, épinards, bette: l’apport important d’azote dû aux légumineuses offrira un très bon terrain pour les légumes feuilles qui y prospéreront sans fumure d’aucune sorte.
  5. Courges sur couvert végétal. Cette parcelle est la seconde à recevoir une fumure de printemps. Elle sera entièrement couverte de courges. Les courges n’ayant pas un sytème racinaire immense, une part importante de l’apport d’azote lié au fumier est susceptible de s’évader. C’est pour éviter cela qu’elles seront plantées sur un lit composé de ray-grass et de trèfle blanc, deux espèces basses qui, à nouveau, offriront un couvert complet pour éviter le développement des mauvaises herbes, et offriront lors du fauchage en fin de saison une masse de matière organique très utile. Une fois fauchée, vers septembre, la parcelle est semée de seigle d’hiver sans aucun travail du sol.
  6. Brassicacées. Les voilà enfin! Choux, choux de Bruxelles, rutabagas, navets. Avec, en couverture végétale pour les résidents de longue durée (choux de Milan, chou rouge, Bruxelles), un beau tapis de trèfle blanc.
  7. Et enfin, racines. Essentiellement des apiacées: carottes, panais, persil tubéreux, mais aussi des composées comme le scorsonère.

Et la boucle est bouclée. Un tel assolement nous permet de ne fumer que très légèrement, les engrais verts maintenant en surface le maximum de ressources nutritives et apportant une biomasse importante qui aidera la taux d’humus à se reconstituer.

Comme le printemps arrive, si ce genre d’article vous intéresse, n’hésitez pas à me le faire savoir et je serais ravi de partager avec vous nos essais de culture, nos choix de machines, nos petites astuces. Bonne saison 2010 au potager!

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Annulation de la tournée du 12/02

par Kristian le 10 février 2010, 16:58 · 1 comment

En raison des circonstances météorologiques, nous sommes contraints d’annuler la tournée de ce vendredi.
Le magasin de notre jardin à Bornival sera lui aussi fermé ces vendredi et samedi.
On se retrouve dès le vendredi 19 avec un temps que nous espérons plus clément. Avec toutes nos excuses pour les désagréments que cela aurait pu vous causer.

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L’Europe, le bio, et le fromage de synthèse.

par Kristian le 8 février 2010, 20:16 · 0 comments

Il y a des jours où, si on est doté d’un certain sens de l’humour, on peut se réjouir de l’existence de nos belles institutions européennes.

C’est ce lundi que la Commission Européenne présente une réglementation de plus: un nouveau logo dont l’affichage sera obligatoire sur tous les produits bio commercialisés dans l’UE à partir du 1er juillet. Passons sur les frais que cette nouvelle corvée initiative occasionnera, et sur l’énorme avantage pour tous les petits producteurs d’être à présent dotés d’un label qui leur permettra d’exporter leur petite production locale jusqu’au fin fond de la Bulgarie. Chouette.

Un logo dont le choix est présenté comme une opportunité pour les consommateurs européens de jouer un rôle actif en votant en ligne pour le visuel de leur choix. En aparté, vous ne trouvez pas amusant qu’on préfère demander l’avis des populations pour le choix d’un innocent logo que pour le projet d’imposer à tous les états l’autorisation de mise en culture du maïs transgénique MON810 et d’une pomme de terre transgénique elle aussi? Enfin soit.

Non, ce qui est plus révoltant encore, c’est l’annonce parue dans Le Canard Enchaîné du 3 février (juste avant le week-end, quoi, en bref) attirant l’attention sur l’existence d’un, heu… d’un truc — je ne parviens pas à trouver dans mon vocabulaire français de vocable plus adapté — imitant à s’y méprendre la texture du fromage, mais sans la moindre trace de lait.

Le machin en question s’appellerait “Lygomme ACH Optimum“. Avec ce produit magique, “le fabricant dispose à présent d’une alternative économique au fromage pour pizza dont le prix varie sans cesse“. Une mozzarella de synthèse offerte au marché à un prix 200 fois inférieur à celui d’un vrai fromage.

A l’heure où, en façade, on feint de se préoccuper de l’avenir de nos producteurs laitiers!

Toujours selon Le Canard Enchaîné, “le produit rappelle les fromages traditionnels à pâte dure tels que le gouda, le cheddar ou le gruyère. Le client y trouve le même plaisir et la même satisfaction“.

Le pompon sur le gâteau? Notre bonne vieille Commission Européenne (si si, la même que celle du beau logo bio) autorise ce délicat ingrédient à condition d’apposer sur les produits qui en contiennent la mention “Fromage analogue“. Fromage analogue? Les autres fromages, ils sont digitaux? Souhaitons bonne chance aux ménagères du dimanche pour comprendre cette mention sybilline à souhait. Parce que dans fromage analogue, il y a tout de même fromage.

Sources non exposées dans l’article:

Le papier du blog Altermonde exposant l’article paru dans Le Canard Enchaîné;
Les différents communiqués de presse européens à propos du nouoveau logo bio;

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