Pour nous, ça y est, le printemps est de retour. Si vous avez la chance d’avoir une véranda chauffée, ou une serre, les tomates se sèment à partir du 15 février, afin d’installer les plants dès que tout risque de gel est écarté: le 15 avril sous serre, le 10 mai à l’extérieur.
Généralement, nous effectuons nos semis en mottes mais, comme la chaleur, nous procédons comme beaucoup de jardiniers: en caissettes, ou en multicellules, qui seront ensuite repiqués plant par plant dans leurs pots définitifs, avant d’être installés au jardin ou d’être vendus.
Pour réussir vos semis, il vous faut:
- des caissettes, vieux Tupperware percés d’un trou, ou tout autre récipient peu profond
- du terreau de semis (plus cher, oui, mais qui contient moins de morceaux grossiers)
- du charbon de bois rescapé de vos agapes estivales
- un four à micro-ondes
- de l’eau du robinet — pas d’eau de pluie ni de citerne pour les semis
Le principal problème rencontré lors de ces premiers semis est le pythium, le champignon causant la fonte des semis. On s’en prémunit facilement en utilisant Previcur, un fongicide chimique très efficace. Mais lorsqu’on souhaite travailler naturellement, point de pesticide possible! Une hygiène parfaite est dès lors le principal facteur de succès pour semer ces 5 graines d’une variété disparue de tomates qu’un collectionneur ouzbèque déniché sur le Net a bien voulu vous céder contre une Mercedes d’occasion.
Comme vous n’avez pas de seconde Mercedes d’occasion à expédier en Ouzbékistan, vous devez réussir le semis de vos petits trésors. Inspirez profondément, c’est parti!
Munissez-vous tout d’abord de vos caissettes à la taille de votre semis. A titre d’exemple, on sème 250 tomates sur la surface d’une assiette normale. Un pot de yaourt suffira pour moins de 10 semences.
Remplissez ensuite votre caissette de terreau, et finissez le remplissage en tamisant le terreau sur une épaisseur d’environ 1 cm. C’est sur cette couche ultra-fine que vous sèmerez.
Avant de semer, prenez votre caissette de terreau et passez-la au micro-ondes. Cela stérilisera le terreau des germes pathogènes qu’il pourrait contenir, en particulier le terrible pythium.
Une fois tiédi, répartissez-y vos semences. Recouvrez-les ensuite d’une couche très légère de terreau tamisé: il suffit de cacher la semence avec le terreau.
Certaines semences aiment être recouvertes de sable ou de vermiculite, mais c’est plutôt l’exception que la règle.
Sur cette couche, saupoudrez une bonne dose de charbon de bois pulvérisé. Le charbon de bois est un désinfectant naturel qui gênera la progression de Pythium si celui-ci venait à se manifester manlgré toutes vos précautions!
Ensuite, arrosez abondamment à l’aide d’eau du robinet à température ambiante (autour de 20 degrés). N’utilisez pas l’eau du robinet glacée. Un bon truc est de travailler avec deux arrosoirs que vous conservez à l’endroit où vous faites vos semis. Dès que vous arrosez, vous allez remplir à nouveau l’arrosoir, mais vous ferez l’arrosage prochain avec l’arrosoir qui est resté rempli. Ainsi, l’eau a le temps de se mettre à température sans devoir la chauffer. Nous, nous utilisons une petite citerne avec une pompe, que nous montons chaque printemps à l’intérieur de la serre à semis.
Recouvrez ensuite votre terrine d’une vitre, que vous retournerez et essuierez chaque jour, pour la débarrasser de sa condensation. Si vous n’avez pas le temps d’essuyer chaque jour la condensation, il est préférable de ne pas utiliser de vitre.
La levée devrait intervenir très rapidement. Une fois que la levée a eu lieu, ôtez la vitre et suivez l’arrosage avec attention: c’est la clé de la réussite! Les jeunes plants doivent avoir juste assez d’eau pour être à l’aise, pas plus.
C’est dans ce second stade que les jeunes plants sont le plus vulnérables à la fonte des semis, surtout s’ils sont installés en serre, où la chaleur est moite. Veillez à bien ventiler la serre à chaque fois que c’est possible et lorsque la température le permet.
Il faut enfin savoir que si la température idéale jusqu’à la levée est d’au moins 20 degrés, cette température peut redescendre graduellement au fur et à mesure que la plante se développe. Une fois toutes les semences levées, nous descendons la température à 16-18 degrés, mais c’est à chacun de trouver sa température idéale en fonction de ses observations.
Enfin, dès que les deux premières vraies feuilles apparaîtront, repiquez: votre semis est fini!
— « Dois-je enrichir mon terreau avec de l’engrais? »
Non, ce n’est pas nécessaire. Les semences contiennent tout ce que le jeune plant a besoin; dans ce premier stade de la vie, la jeune racine ne fonctionne pas encore à son maximum, la petite plante ne profitera donc pas des nutriments contenus dans le terreau. En revanche, le terreau que vous utilisez pour le repiquage pourra, lui, contenir un peu d’engrais, organique de préférence.
— « Pourquoi ne pas utiliser d’eau de pluie? »
Il est préférable d’utiliser de l’eau du robinet car celle-ci, bien que parfois calcareuse, est dénuée de germes, tandis que l’eau de pluie ayant été stockée peut être le vecteur de la propagation de la fonte des semis.
— « Pourquoi mes plantules s’allongent-elles indéfiniment? »
On dit que les plantules filent parce que votre semis ne reçoit pas assez de lumière; rapprochez-les d’une source de lumière plus importante, ou recommencez votre semis.
— « Mes jeunes plantules s’affaissent les unes après les autres, et leur tige semble sécher ou moisir, que se passe-t-il? »
C’est que vous êtes en train de faire connaissance avec le fameux pythium. Ce champignon peut ravager l’entièreté de votre semis. Pour enrayer sa progression sans utiliser de pesticide (c’est beaucoup plus tentant à ce stade qu’en prévention, pas vrai?), évidez les zones abîmées avec une cuillère en enlevant 2 cm de plus que la zone touchée. Tant pis pour les plantules saines que vous sacrifierez. Remplissez les orifices laissés ouverts par du charbon de bois pilé. Surtout, attention à ne pas répandre de petits morceaux du terreau infecté dans des terrines saines!
Pour cette raison, c’est aussi une bonne idée de multiplier les petits contenants que de semer plusieurs variétés dans la même caissette. Le pythium se répandant par la terre, sa progression sera freinée.


