Le bouturage du crambé maritime

by Kristian on 16 mars 2008

Le crambé maritime (Crambe Maritima) est une brassicacée indigène de l’ouest de la France, où il est actuellement — hélas — très raréfié à l’état sauvage. C’était un hôte plus ou moins courant des jardins potagers français et anglais.

Vivace, le crambé se cultive traditionnellement en lignes où il a tout le loisir d’étaler ses larges feuilles cirées à l’allure dinosaurienne. On le recouvre annuellement au début du printemps d’un pot de fleurs bouché, pour récolter ses jets blanchis. Il se consomme alors cru, comme des céleris à côte, ou poêlés, et accompagne parfaitement les poissons.

C’est sans doute l’un des légumes les plus rares aujourd’hui, puisqu’il réclame une manipulation particulière que presque plus personne ne pratique.

Depuis quelques années, des recherches très sérieuses sont entreprises en vue de sa possible réintroduction dans nos assiettes. Et c’est ainsi qu’une nouvelle méthode de culture fait peu à peu son apparition.

C’est celle-là que nous avons voulu essayer. En deux mots, il s’agit tout simplement d’appliquer au chou marin le principe de forçage du chicon. Cela a plusieurs avantages, dont le plus important est de permettre une récolte chaque année, tout en permettant d’inclure le crambé dans une rotation (ce que son statut de vivace produisant après 3 ans dans la méthode des « pots de fleurs retournés » ne permettait pas.

Le forçage se pratiquant exactement comme celui du chicon, on ne va pas s’étendre dessus ici.

A partir de 3 plants d’essai, nous avons obtenu une belle récolte de jets délicieux. Trop peu pour être commercialisés, hélas, mais il faut bien se faire un peu plaisir de temps en temps, n’est-ce pas?

Or, pour forcer un crambé maritime comme on le ferait d’un chicon, on a besoin de sa racine, qu’on extirpe de sa petite place douillette au potager. On débarrasse le collet de chaque plant de ses racines, on place les plants côte à côte dans une couche, chauffée ou non, on attend, et on déguste. Hop!

Mais il y a un prix à payer : avec un tel traitement, le plant mère s’épuise et il n’est pas sûr qu’il puisse être replanté au jardin (on va essayer cette année aussi, on vous tient au courant).

Se pose donc la question de la multiplication des plants, et comme on a de grosses racines charnues, hé bien on va tout simplement les bouturer! Une opération simple, qui peut se faire à l’époque où vous forcerez vos crambés : entre janvier et mars. Nous avons fait nos boutures le 19 janvier.

truc01.jpg
Dans la photo de la dernière devinette, on voit bien les boutures de racine. Notez que chaque bouture possède une extrémité coupée en oblique, et une extrémité droite: c’est pour distinguer le dessus du dessous! En effet, une bouture plantée à l’envers ne produira pas de plant.

Bouture de crambé maritime
Gros plan sur une bouture de racines: l’extrémité plate est le dessus, la diagonale le dessous.

Préparation des pots
On prépare ensuite les pots: un simple terreau léger fera l’affaire. On prépare les trous de plantation pour éviter d’enfoncer la racine dans le pot en la poussant, ce qui risquerait de l’abîmer et chasserait les hormones d’enracinement.

Le matériel
Pour préparer les boutures, nous utilisons un peu d’eau de pluie, et des hormones d’enracinement.

Mouillage de la bouture
Chaque bouture est trempée dans l’eau de pluie, pour s’assurer que les hormones y adhéreront correctement.

Trempage des boutures dans de l’hormone d’enracinement.
Une fois humidifiées, les boutures sont trempées dans les hormones d’enracinement.

La bouture doit être bien imprégnée d’hormone d’enracinement.
Une bouture correctement enduite, prête à être plantée.

Mise en terre des boutures
Chaque bouture est enfoncée légèrement au-delà de son sommet. Le terreau est ramené contre la bouture à l’aide d’un pointeau (ou d’un crayon, par exemple).

L’arrosage des boutures de crambé
Les boutures sont ensuite copieusement arrosées. Par la suite, il suffira de veiller à ce que le terreau soit maintenu à peine humide. Bien sûr, il faut éviter de laisser tremper les pots dans des soucoupes pleines d’eau, sans quoi les boutures moisiraient irrémédiablement.

Bouture de crambé enracinée
5 à 8 semaines plus tard, les premiers petits crambés apparaissent. En mai, ils seront prêts à rejoindre notre potager. Ou le vôtre, puisque ces plantes font partie de notre assortiment de légumes anciens à repiquer.

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