Les lecteurs attentifs auront lu dans un recoin bien caché de ce site que nous envisagions de mettre en culture l’une de nos parcelles en BRF cette année. Chose promise chose due, et comme on parle actuellement beaucoup de cette nouvelle technique, nous partagerons avec vous ici le journal de notre expérimentation. Premier post BRF, donc, pour planter le décor, mais d’autres suivront !
Bois raméal fragmenté: le bon sens au jardin
Le BRF est l’acronyme de bois raméal fragmenté. En d’autres termes, il s’agit simplement de broyat de branches d’arbres vivants (de préférence feuillus). Cette technique assez récent nous vient du Canada où, hasard des choses, l’on trouve beaucoup de bois (que ceux qui pensaient « désert de Gobi » ou « îles Kerguélen » lèvent le doigt).
La philosophie de base de la technique consiste d’une part, à valoriser des déchets provenant des coupes forestières et des élagages, déchets qui autrefois étaient la plupart du temps brûlés à même les chantiers (et encore très souvent aujourd’hui, hélas — on reparlera ici de la question des feux de jardin). D’autre part, ces déchets, on les broie finement et on s’en sert pour recréer aux champs un couvert humique de type forestier.
En effet, l’utilisation régulière d’engrais chimiques a pour conséquences, outre les pollutions aux nitrates qui frappent les nappes phréatiques, un appauvrissement substantiel des terres en humus.
Le BRF n’est donc pas à proprement parler un engrais, mais plutôt un amendement bénéfique à beaucoup de points de vue:
- Il améliore nettement les qualités physiques du sol en le décompactant — c’est l’ami des terres argileuses, lentes à se réchauffer au printemps;
- L’apport humique conséquent — de loin supérieur au volume humique apporté par un fumier de cheval classique — stimule la fertilité du sol, permet de réduire considérablement la fréquence des arrosages, et de diminuer les apports d’engrais;
- Sa décomposition entraîne une activité intense tant de la flore que de la faune; la terre « revit » réellement, ce qui est bien entendu précieux dans l’optique de culture naturelle que nous avons choisie de développer dans notre potager.
- Enfin, il valorise les sous-produits de la filière bois, et surtout réduit d’autant le dégagement de polluants liés à l’incinération en plein air des déchets de taille.
Il s’agit donc, vous l’aurez compris, d’un mode de culture particulièrement attractif et il nous tentait de faire l’expérience. Expérience que nous vous proposons de vivre avec nous au gré de l’évolution de la parcelle, puisqu’à l’heure où nous écrivons ces lignes, nous n’avons pas encore pratiqué le BRF. L’intérêt de cette série de posts vien donc aussi de nos erreurs, mais cela n’en sera que plus passionnant!
Trouver du BRF : pas si facile!
Et, sans mentir, ce n’a pas été simple. Après avoir visité quelques gros chantiers d’élagage dans notre région, nous étions désespérés: partout le même schéma, les entreprises d’abattage récupèrent les glumes, parfois les maîtresses branches, les branches de plus petit calibre sont déshabillées pour être vendues comme bois à brûler, et les bois raméaux sont piétinés tout au long du chantier, écrasés par les roues des engins à même la boue, bref, irrécupérables si on ne les broie pas au fur et à mesure de l’avancement du chantier.
Broyer, c’est un métier
C’est en tout cas ce qu’on a compris lorsqu’on a calculé les quantités nécessaires: notre parcelle de potager destinée à recevoir le BRF fait 16 x 55 mètres. Comptons une couche de 7cm de BRF, et cela nous amène à 60 mètres cubes; malgré que nous avons un broyeur à disposition, inutile d’imaginer fabriquer cela nous-mêmes!
D’ailleurs, pour vous en convaincre:

C’est finalement tout à fait par hasard que nous avons trouvé notre BRF: en croisant un chantier d’élagage près de Genappe, une immense benne remplie de broyat fleurant bon le tilleul nous faisait de l’oeil. Une rapide discussion et l’affaire est conclue: les déchets de taille, sans traces de résineux, prendront le chemin de Bornival.
Au total, ce seront pas moins de 100 mètres cubes que nous aurons récupéré cet hiver pour couvrir nos différents besoins.
Dans le broyat, tout me va!
Le BRF est un matériau extraordinaire. D’abord, ça sent bon. Ensuite, avec un peu de chance, il y pousse des coprins chevelus et autres basidiomycètes évolués. Des organismes dont la présence nous réjouit, puisque ce sont souvent les premiers à déserter les surfaces traitées ou déséquilibrées. Ce sont donc d’excellents indicateurs de la santé et de l’équilibre du jardin.
Mais au-delà des cultures, le BRF a également d’autres usages :
- C’est un excellent paillage pour les massifs, bien moins cher que les désormais classiques écorces de pin et consorts, et sans le problème — réel ou supposé — de l’acidité que celles-ci apporteraient.
- C’est un revêtement d’allées écologique au potager ; comme nous entrons et sortons perpétuellement de notre potager, nous voulions éviter d’entraîner en permanence sous nos bottes du gravier dans les terres. Le bois, biodégradable, n’a évidemment pas cet inconvénient.
Premiers essais de mise en oeuvre
Il nous a été très difficile de coordonner la livraison de notre broyat : le deal passé avec l’entreprise d’élagage leur permettait de venir vider chez nous la benne utilisée en chantier, une fois celle-ci pleine. Les premières livraisons ont eu lieu à un moment où, en pleins travaux de terrassement, nous ne pouvions étendre immédiatement le BRF sur la parcelle à laquelle il était destiné.
Les tas de bois ont donc chauffé légèrement, enclenchant des processus de fermentation différents des processus de décomposition.
Nous avons tout de même choisi d’étendre le broyat, que nous avons réparti à la benne en tas, et que nous avons ensuite aplanis. Cette technique était trop approximative dans la mesure où nous nous sommes aperçus que la répartition du BRF n’était pas parfaitement égale ; la prochaine fois, nous essayerons d’utiliser un épandeur à fumier pour améliorer la régularité de l’épandage.
A noter aussi que le calibre des broyats a considérablement varié selon les livraisons : on suppose que l’entreprise d’élagage utilise des broyeurs différents ; certains tas étaient très grossièrement calibrés, d’autres étaient beaucoup plus finement hachés.
Gros plan sur notre broyat:

Préparation préalable du sol
On peut théoriquement répandre le BRF à même le sol sans le travailler, pour autant qu’il s’agisse déjà d’un sol de culture (pas d’une pelouse à transformer en potager, donc). Comme ce jour-là nous avions attelé une herse à notre tracteur, nous avons hersé une moitié de la parcelle, en laissant l’autre telle quelle. L’étalement du BRF n’a ensuite pas posé de problème particulier, si ce n’est la régularité de la couche déposée.
Valérie à la grue, son instrument préféré:

Le BRF en cours d’épandage sur une partie du potager. On distingue bien les deux essais de travail du sol: hersage à gauche, et, hum, rien à droite:

Ensuite, il a suffi d’étaler sur cette première couche de BRF une seconde couche de fumier de cheval très décomposé.
Pourquoi ajouter du fumier de cheval? Parce que les mécanismes de décomposition de la lignine entraînent une consommation importante de l’azote disponible. Le sol s’appauvrit donc de l’un de ses éléments essentiels au bon développement foliaire. Cette faim d’azote est toutefois temporaire et limitée aux premiers mois de culture. Pour autant, ce serait une erreur de ne pas la compenser. Nous avons choisi de le faire par un apport de fumier de cheval parce qu’il y a beaucoup de manèges autour de nous, et que nous avons la chance de pouvoir nous pourvoir gratuitement en fumier. A défaut, tout engrais azoté organique à diffusion lente pourrait convenir également (poudre d’os ou de corne, par exemple).
Incorporation au sol
Une fois toute cette préparation effectuée, le sol est invisible, entièrement recouvert de broyat et de fumier. Quel volume! C’est assez impressionnant de se dire que la terre va peu à peu digérer tout ça. Mais d’abord, il faut incorporer tout cela aux premiers centimètres de sol.
Plus facile à dire qu’à faire! Il a fallu s’y reprendre à plusieurs fois: la herse n’aime pas du tout ce volume végétal et bourre à chaque fois, entraînant la couche de BRF avec elle. Après plusieurs essais, il a fallu renoncer.
Le second essai a été plus fructueux. Nous avons attelé une fraise à notre petit Kubota, qui nous a bravement mouliné tout ça. Il a fallu plusieurs passages pour brasser correctement toute la matière végétale — et venir à bout des inévitables dépôts de fumier pailleux, mais la fraise n’a pas bourré.
Autre enseignement intéressant: le fraisage était nettement plus facile sur la moitié qui avait été préalablement hersée, où le mélange terre-BRF est aussi plus homogène au final.
Deux jours après avoir commencé l’épandage, notre parcelle était prête.
Mais nous avons déjà appris que:
- Un travail superficiel du sol est bien utile au préalable, pour faciliter ensuite l’incorporation de la masse végétale importante du BRF;
- Un épandage régulier demande un vrai tour de main, ou le recours à un épandeur;
- Etre très attentif à la qualité physique du fumier, qui doit être bien « fait », sans paille.
Enfin, dernière étape essentielle à ces premiers pas dans le domaine passionnant du BRF: un bon petit vin de cerises maison pour récupérer! A votre santé!

Sources et documentation
http://www.sbf.ulaval.ca/brf et http://www.sbf.ulaval.ca/brf/regenerating_soils_98.html
Là où tout a commencé: le compte-rendu des expérimentations du professeur Gilles Lemieux, de l’Université de Laval (Canada).
http://fermedupouzat.free.fr
Jacky Dupéty, le Grand Prêtre du BRF en France, a été parmi les premiers à expérimenter la technique dans le contexte de production de sa ferme bio. Non content de cela, il fait état de ses essais sur son site, et donne également des stages et formations à la technique.
http://www.ctastree.be/BRF
Et chez nous? Le Centre des Techniques Agronomiques de Strée expérimente le BRF depuis 2002. Beaucoup d’infos pratiques dont cette brochure de 38 pages (document PDF) qui constitue un excellent point de départ. Dommage toutefois que le site ne soit pas mis à jour plus souvent.
http://users.skynet.be/BRFinfo/
Le site de l’association Aggra, qui promeut l’usage du BRF en Belgique. Une fois sur le site, cliquez sur le bouton « documentation »: une foule d’informations passionnantes s’y cache!
http://www.lesjardinsdebrf.com/
Un site communautaire autour du BRF, avec un forum de plus en plus vivant et des galeries de photos des expérimentations des membres du site.
Bibliographie
Pour ma Noël, je veux bien:
Jacky Dupéty, Bernard Bertrand, Daniel Henry: Le BRF, vous connaissez ? : Pour une (agri)culture du vivant, Editions de Terrain, 2007.
Gilles Domenech, Eléa Asselineau: Les Bois Raméaux Fragmentés : De l’arbre au sol, Editions du Rouergue, 2007.
Benoît Noël, Plus de carbone pour nos sols, Ministère de la Région Wallonne.



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En commençant à lire le forum, je me demandais ce qu’était le BRF dont vous parliez.
) je comprends mieux ce que c’est.
) en ayant une base correcte sur ce type de culture.
Maintenant, après être revenu en arrière sur le forum (la preuve, c’est que j’écris sur cet article
Du coup, me voilà obligé de relire les articles que je viens de passer (parceque j’étais ignorant … heu, enfin un peu
Merci à vous de nous faire partager et de bien nous expliquer vos expériences.
ps: Je vous demanderais bien … « Et alors, content de ce mode d’amendement ? « , mais je suppose que les articles que j’ai passé répondent à cette question.